My Metro Nights

Les deux chansons que j’aimerais que vous écoutiez pendant la lecture de cet article, je les cite dans l’article, les voici:

 


The Zombies – She’s not There

et
Otis Redding – My Girl

La meilleure branlette, c’est pas celle où on pense à la meuf qu’on a eue, ni celle où on pense à celle qu’on veut avoir, mais celle qui concerne celle qu’on aurait pu avoir. Cette frustration déversée dans un acte fantasmé menant à une jouissance à en faire trembler tes jambes. Ca change complètement de la branlette par ennui qui te sent te faire te sentir coupable à la fin, ou celle assistée de manière pornographique où l’intérêt reste dans la recherche de la bonne scène. Ici, c’est meilleur et pire encore, comme dans une bulle entourée de coton, et à la fin, le vide, cette sensation de sol qui se dérobe sous tes pieds. Tu la connais cette sensation, non ?

Pour moi, cette sensation, je la connais, mais je ne sais pas comment elle s’appelle. Je sais juste que je lui ai parlé 5 minutes dans le métro et qu’ensuite, plus rien.

FLASHBACK :

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Je ne vais pas m’étaler à vous dire pourquoi, mais je me suis retrouvé sur le quai du métro à rentrer chez moi avec dans les mains le DVD de My Blueberry Nights, un film que je n’aime pas beaucoup d’ailleurs.

Je monte dans la rame donc, et je m’assois à côté d’une meuf , sur les sièges parallèles aux murs du train. Maintenant, je vous demande d’imaginer ce qui vous plait chez une nana, ce qui vous plait instinctivement, qui vous hypnotise et vous coupe presque le souffle. Je ne parle pas de cul là, je parle de tout, et tout est dans les détails, un peu comme cet abruti de Descartes qui aimait Lucy Liu (« L’amour a des raisons que la raison ignore », checkez d’où ça vient). Bah la meuf qui était assise à côté de moi, c’est ça : ma perfection avec un casque autour de la tête qui balance probablement de la musique que j’aime.

Moi même, je suis dans mon monde musical. Je la regarde à peine.

Au bout de quelques minutes, elle retire son casque, me tapote du doigt et me fait retirer le mien et me demande comment est le film que je tiens entre mes mains, car elle voulait le voir.

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Je lui dit que c’est pas le meilleur de son auteur, puis on commence à discuter, je parle de Norah Jones et de son groupe folk dont j’avais bien aimé les reprises d’Elvis et Johnny Cash, puis de Jude Law que je trouvais lisse il fut un temps mais qui maintenant était super classe, plus viril et plus attirant. Je lui ai dit qu’il était entré dans la liste des mecs à qui je laisserais probablement me faire le cul en prison. Ce à quoi elle répond, après un rire ressemblant à un sourire, ou un sourire ressemblant à un rire, que son style, c’est plutôt Jack Black.

Sachant que je suis bien plus proche physiquement comme dans l’attitude de Jack Black que de Jude Law : rond, joufflu, bavard, bruyant, barbu, geek etc. J’ai pris ce qu’elle disait comme un compliment. Je ne me suis d’ailleurs pas empêché de lui dire que j’en étais flatté. Ce à quoi elle a souri encore.

On a parlé de film, de ce qu’il y avait à l’écran, de Rachel Weisz dont je suis tombé fou amoureux dans Brothers Bloom, puis quatre stations avant la mienne, elle s’est levée pour partir, et m’a demandé alors que les portes s’ouvraient « Bon, très vite, tu me conseilles d’aller voir quoi comme film en ce moment ?! » et une fois les portes fermées, je lui ai crié de l’intérieur du métro « Brothers Bloom, malgré le titre français de merde ». Et alors que je souriais, le métro a démarré et elle est partie. Elle s’est même retournée !

Mon sourire est retombé très vite. Je suis passé dans mon juke box interne de My Girl d’Otis Redding à She’s Not There des Zombies.

J’avais merdé, super fort.

Il y avait mille manières pour moi de rendre ce chat de Schrödinger vivant et pas mort. J’aurais pu descendre à sa station avec elle et continuer la discussion, gueuler mon nom et prénom par la fenêtre à défaut d’avoir le temps de filer mon numéro de téléphone, parce que c’est comme ça que Facebook a facilité les choses, ou je ne sais quoi d’autre.

Mais je suis juste resté comme ça comme un con qui a perdu le sourire en un claquement de doigts.

Je vous le disais dans mon article précédent que je vous offrirais de l’espoir et de la nostalgie, et bien c’est pas si rigolo, parce que c’est comme ça que je me suis senti.

Rentré chez moi, je me suis dit que j’y retournerais le lendemain, collerais des affiches de My Blueberry Nights partout sur les murs de la station de métro où elle est descendue avec mon numéro dessus, puis finalement, je ne l’ai pas fait. Je m’étais dit que si ça se trouve, c’était pas où elle habitait, me suis posé plein de questions avec comme réponse « ne le fait pas », sûrement pour me rassurer et me dire que je ne manquais pas de cran, mais que c’était juste que ça marcherait pas.

 

FIN DU FLASHBACK

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Mais encore aujourd’hui, j’y pense, je me demande si elle s’en souviendrait si je le faisais. Après tout, c’était l’affiche de ce film bof qui avait ouvert la conversation.

Ce que je viens de vous dire, c’est super intime, je parle de ce que je fais quand vous n’êtes pas là, de ce que j’aurais pu avoir, comme la bibliothèque de Borgès, celle des livres rêvés.

Et surtout, si ça se trouve, je suis en train de faire un sacrifice plus grand que prévu en vous racontant ça, puisque Spinoza avait dit : « Un sentiment, qui est une passion, cesse d’être une passion dès lors que nous en formons une idée claire et distincte », ce qui voudrait dire que je sacrifie un fantasme, une passion en vous mettant tout ça en mots.

Mais le twist final, c’est que Spinoza peut aller se faire fister avec du gravier.

Cette fille sans nom, ou plutôt, qui a un nom que j’imagine mais dont je ne me souviens plus quand je veux l’exprimer en pensée consciente (comme mes nounours de quand j’étais petit), me reste à l’esprit, mais non comme un fantasme vain, plus comme un déclencheur.

Maintenant, je saisis toutes les occasions, mon égo explose comme un feu d’artifice et je fonce dès que je peux, dès que je veux, pour ne pas à avoir à revivre ce vide. J’ai appris une leçon grâce à ça, et tant que cette leçon ne sera pas désapprise, je vaincrai contre la dictature pseudo-positive des citations de grands philosophes.

Je suis mieux qu’eux.

Mais pas que vous, car votre jugement ne m’intéresse pas.

Et c’est ça qui fait que même après la branlette dont je parle au début de ce texte, je me relève victorieux, parce que je sais qu’en plus de prendre ma bite en main, je sais prendre mes choix en main aussi.

Allez Spinoza, j’te laisse, je vais me taper une queue !

Poutous à vous autres, et pensez à moi quand vous tomberez amoureux dans la queue du Pôle Emploi, au supermarché, dans le métro, dans la rue, au boulot.

P.S. Pour les curieux, ma liste des mecs qui ont le droit de m’enculer en prison, j’en reparlerais plus tard, mais disons qu’en perpet’, Hugh Jackman et Robert Downey Jr. auraient le droit de me faire la lambada dans le fion quand ils veulent.