Aïe…

Pour accompagner l’article, vous pouvez écouter ce que j’écoutais quand je l’ai écrit:

Ca vous est déjà arrivé de vivre un truc méga triste et pourtant ne pas chialer ?

Moi oui.

Ca vous est déjà arrivé de ressentir bien plus fort en réaction à la fiction plutôt qu’à la réalité ?

Moi oui, tout le temps, depuis que j’ai 6 ans.

J’étais comment à 6 ans ?

Petit, tout petit, vraiment. Je commençais à peine à parler français, mes parents m’ayant parlé arménien jusqu’à la grande section de maternelle. Timide, solitaire, mais pas seul : J’avais mes nounours, vous savez, ceux qui étaient super cools et colorés et dont je connaissais par cœur les noms, mais dès que j’essayais de les prononcer, ils ne sortaient pas, comme s’ils n’avaient une vie qu’à travers moi. J’étais humble aussi, car malgré ça, je ne me prenais pas pour leur Dieu, mais pour leur pote.

Bref, j’étais un enfant. Ma colère, ma joie, ma tristesse, mon empathie, mon envie étaient toujours extrêmes, car j’étais entier, comme tous je crois, comme vous, comme toi, comme eux qu’on ne connaît pas.

C’est dans cette ambiance que j’ai découvert un truc qui a changé ma vie à jamais, qui a fait de moi qui je suis aujourd’hui.

Ce truc, c’est un film.

Ce film, c’est E.T.

La maîtresse un jour nous a dit qu’on devait aller dans la salle audiovisuelle pour regarder un film avec la classe d’à côté. Alors on y est tous allés, la classe d’Anne Marie et la classe de Martine. Je me souviens qu’on s’est tous assis en rang, avec les plus petits (dont moi) devant, et que notre maîtresse a fait une présentation pour tout le monde avant que le film commence. Elle a utilisé des mots inconnus à mes oreilles comme « science fiction », « extra-terrestre », « planètes » et tout un tas d’autres que j’avais jamais entendu à la maison.

Puis la lumière s’est éteinte. J’avais jamais regardé un film dans le noir. Jamais avec plein d’autres gens autour.

 

Le film commence, et je rentre dedans dès les premières images, les premiers mots, je suis curieux, amusé, heureux, puis arrive le moment d’être triste.

Parce qu’à un moment, E.T. est en train de mourir.

La tristesse monte, mais je me retiens, je ne comprends pas ce qui m’arrive, pourquoi est ce qu’un film me ferait ça ? C’est pas normal ! Puis j’ai pas envie de pleurer avec tout le monde autour, je suis un petit garçon, c’est pas sensé pleurer un petit garçon, sinon, on se moque de lui !

Là, je regarde discrètement autour de moi, et je vois que mon voisin pleure, ma voisine aussi, et que ça continue sur toute ma rangée. Je regarde derrière moi, et tout le monde pleure, même Stéphane, le chef de la bande. Je regarde la maîtresse et la voit triste aussi, la main devant la bouche.

J’avais le droit de pleurer, c’est trop bien, j’avais le droit d’être triste et de pleurer et de dire aux copains que j’avais été triste et le dire à mes parents aussi quand je rentrais chez moi !!!!

J’ai pleuré, et j’ai repleuré à la fin aussi.

C’était bien.

 

J’ai appris un truc ce jour là, c’est l’empathie. J’ai appris que pleurer pour la douleur d’un autre, c’est pas mauvais, que pleurer devant un film, c’est pas mauvais, mais j’ai surtout découvert un truc beaucoup plus important : J’ai découvert que c’est pas parce que j’étais un enfant que j’étais con. Que c’est pas parce que j’avais des nounours et des amis imaginaires que j’étais nul.

J’ai découvert que c’était pas MAL de parler de tout ça aux gens. J’ai découvert que raconter ces histoires avait un sens, ça permettait de ressentir quelque chose, de partager quelque chose.

En commençant cet article, je voulais vous raconter la première fois que j’ai ressenti de la tristesse au ciné, mais en fait, en cherchant, je me rend compte que je ne me souviens presque d’aucun sentiment datant d’avant ce film.

Aujourd’hui, c’est mon tour de vous raconter des trucs, j’aime partager tout ça, cette intimité, ces moments, j’aime me dire que ça vous fera quelque chose, que ça provoquera une émotion en vous, de la nostalgie ou de l’agacement, mais que je ne laisserai pas indifférent.

Je veux vous raconter ce qu’on ne voit pas sur nos visages, sur nos vêtements, mais ce qu’on garde en nous, ce monde auquel on revient qui sera plus fort que tout présent et toute réalité.

Je veux vous confesser que je vis dans ce monde et ne l’ai jamais quitté, le monde des histoires, des souvenirs, de l’art qu’on fait pour soi même.

Des poutous.