Codex Bordelius

Une truc à écouter en me lisant:

Aujourd’hui, je rentrais chez moi, et j’ai vu ce graffiti sur le chemin entre le métro et chez moi :

Codex Urbanus

Ca m’a rappelle qu’il y a quelques temps, je voulais vous écrire un ou deux mots sur un truc trop mortel que j’avais découvert, ça s’appelle le Codex Seraphinianus. Puis j’ai décidé de ne pas le faire parce que je n’avais pas d’angle d’attaque pertinent pour l’écriture d’un article à ce sujet, bah aujourd’hui, c’est chose faite.

En effet, le Codex Seraphinianus donc, est un livre, ou plutôt, une encyclopédie publiée en 1981 et écrite vers la fin des années 70 par Luigi Serafini. Sa particularité est qu’alors que comme toute encyclopédie, elle regroupe un nombre de savoirs couchés sur papier avec force d’illustrations, mais que contrairement à toute encyclopédie, elle regroupe autant d’informations sur notre monde que sur un monde inconnu, probablement d’origine extra-terrestre. Evidemment, c’est une œuvre de fiction, sauf qu’elle est entièrement écrite dans une langue inconnue dont le code n’a pas été donné par son auteur (encore vivant), et qui n’a pas été déchiffrée dans son intégralité.
Comme dirait ma pote Alice au Pays des Merveilles, « Curiouser and curiouser »

D’ailleurs, en parlant d’Alice, je pense sincèrement que Serafini a du s’inspirer du fameux univers Carollien, après tout : « Mais alors, dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ?”

Jugez par vous meme:

Codex 2

Codex-Seraphinianus-1

D’ailleurs, pendant que j’écrivais ces mots, je me suis rendu compte de l’influence qu’a dû avoir le bouquin de Serafini sur un auteur comme Charles Burns, dans son Black Hole, mais surtout dans ses derniers opus comme X’ed Out.

xed-out-2

Après toute cette partie histoire, revenons en à notre graffiti, que nous montre il?

Une sorte de tortue/fourmi/sauterelle avec écrit au dessus: Codex Urbanus.

La personne qui a fait ce graff’ connaît le bouquin de Serafini, malgré le fait que le livre soit épuisé depuis des années et vous procurer une édition vous reviendrait à plusieurs milliers d’euros.

Du coup, ça rejoint un truc qui me fascine, c’est la manière dont l’artiste du graffiti en question va aller puiser dans l’inconscient collectif, comme par exemple ici, dans les anciens codex médiévaux, ou des oeuvres bien précises comme celle de Serafini.

J’aime cette intelligence là, je l’admire même.

Cette intelligence qui rend une oeuvre ou une pensée pérenne, en s’assurant d’attirer la curiosité, et ensuite, d’offrir un savoir qui ne disparaîtra pas. J’aime apprendre comme ça. J’ai toujours aimé lire un mot, voir une image, et creuser derrière, voir d’où ça vient, ce que ça veut dire, ce que ça peut m’inspirer, que ce soit les livres que les gens lisent dans le metro, ou les brefs articles que les gens postent sur Facebook. J’ai toujours besoin d’aller plus loin.

D’ailleurs, je vais vous dire un secret, ça m’emmerderait que vous vous contentiez de lire l’article que je viens d’écrire sans chercher à aller voir plus loin, à taper les références que je vous ai données, ou que comme moi, vous irez chercher le bouquin de Burns dans votre bibli, comme si une illumination sur une de ses nombreuses sources vous était venue.

Je sais que mes mots là sont un peu confus, je sais aussi que je ne suis pas un journaliste d’information, que tout le monde tourne autour de moi et que j’ai du mal parfois à parler de ce que j’aime, de ce à quoi je pense et de ce que j’ai appris en toute objectivité, du coup, vous vous retrouvez avec un gros bordel avec plein de sauts en arrière et en avant, sans suivre vraiment les connexions de mon cerveau.

D’ailleurs, ça me rappelle un truc, mon nom de plume, King Mob.

En effet, ce nom est celui d’un personnage qui apparaît dans la bande dessinée The Invisibles, et la première fois que son nom est dit,en fait, il est écrit, sur un mur. La BD se passe dans un monde similaire au notre, mais bien plus totalitaire. Ainsi, lorsque ce nom apparaît, il est comme celui de V dans la BD de Moore « V Pour Vendetta », porteur d’espoir, d’anarchie, de changement, de désordre dans l’ordre, il veut dire quelque chose pour ceux qui iront chercher la personne derrière ce pseudonyme.

Ce qui me rappelle le fameux « Kilroy Was Here ».

Kilroy_Was_Here_-_Washington_DC_WWII_Memorial_-_Jason_Coyne

En effet, ce graffiti, fait son apparition durant la Bataille de Normandie pendant la Seconde Guerre Mondiale, et a été découvert par les soldats américains qui l’ont vu inscrit sur les plages de Normandie, du coup, ce graffiti est devenu ludique et leur a fait inscrire ce dernier sur tous les murs qu’ils trouvaient. Le phénomène a embrasé l’imaginaire collectif et a laissé places aux légendes urbaines les plus folles, comme quoi on retrouverait le tag sur le Mont Everest, sur la Lune, ou qu’encore, Staline aurait demandé à son assistant pendant la conférence de Potsdam « Qui est Kilroy? ».

Je me souviens, j’étais devenu complètement fou il y a quelques années quand j’avais appris l’existence d’un tel phénomène, j’en avais parlé à tout le monde, je voulais même faire un documentaire dessus.

L’idée est géniale, et a été reprise dans pas mal d’oeuvres de fictions d’ailleurs, que ce soit un épisode de Dr. Who ou une nouvelle d’Isaac Asimov, sans compter son apparition dans Patton ou d’autres films de guerre décrivant cette période.

Enfin bref, le Codex Seraphinianus, Kilroy, Burns, Carroll, tout ça, c’est ce à quoi j’ai pensé aujourd’hui toute la soirée, et je ne regrette pas, puisque ça me permet de partager avec vous ce que je vois, ce que je connais, ce que je veux connaître, ce qui me fascine et comment mon cerveau peut fonctionner.

Je ne sais toujours pas si mon angle d’attaque a été le bon, mais j’ai pris du plaisir à faire des recherches, créer des liens et écrire ces mots.

Tout n’a pas de conclusion ou de finalité, tout ça n’est que flot d’idées.

Poutous.