Noé porte ses couilles bien haut.

Chaque fois que je rencontre quelqu’un qui pense que la Bible dit vrai, ça me surprend.

Paradoxalement, chaque fois qu’un pseudo athée débarque et balance « de toute manière, c’est faux tout ça », pensant à cette seconde précise avoir inventé le fil à couper le beurre, ça me surprend encore plus. Pas parce que j’y crois, au contraire, j’en ai absolument rien à foutre de l’existence de Dieu, mais parce qu’un bouquin n’a pas besoin d’être vrai pour que son contenu soit cool. Je ne parle pas forcément du message d’amour et d’autres conneries qui sont innées et ne viennent pas de ce bouquin, mais bien des trucs qui se passent dedans.

La différence entre la Bible et un autre bouquin, c’est juste le pouvoir que ça a eu sur l’inconscient collectif. Qu’on le veuille ou nos, nos fictions s’en inspirent, autant que la Bible elle même s’inspire d’histoires qui datent d’avant. C’est ce que Joseph Campbell appelle dans son bouquin, « Le Héros aux Mille Visage », le monomythe. Ce monomythe, on le retrouve dans toutes les histoires qu’on se raconte, et fait partie intégrante de la plupart de nos films préférés: de Star Wars à Full Monty en passant par Matrix ou La Couleur de l’Argent, la structure que nous offre l’étude de ce mythe n’a pas fini d’inspirer. Voici la structure simplifiée:

1. Un appel à l’aventure, que le héros doit accepter ou décliner
2. Un cheminement d’épreuves, où le héros réussit ou échoue
3.La réalisation du but ou du gain, qui lui apporte souvent une meilleure connaissance de lui-même
4.Un retour vers le monde ordinaire, où le héros réussit ou échoue
5.L’utilisation du gain, qui peut permettre d’améliorer le monde.

Du coup, ça m’étonne qu’il n y ait pas eu plus de films inspirés directement de l’Ancien Testament, super riche en histoires épiques proposant un univers et des personnages classes, et de par le statut du bouquin, iconiques.

En effet, La Bible, c’est un truc de fou, y a des histoires de dingue dedans, avec de la bagarre, du cul, de la tise, des putes, des charclos magiques, des vieillards chelous, de l’amour, des monstres, de la haine, du désespoir, du courage, de la rêverie.

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Le souci je pense, c’est que c’est très difficile pour un artiste de faire valoir sa propre vision sur les évènements narrés dans ce bouquin contre les différents lobbys. Surtout lorsqu’on veut parler de trucs dans l’ancien testament, parce que du coup, t’as les Juifs, Chrétiens et Musulmans qui te tombent sur la gueule en mode 3 en 1. Ouais, parce qu’au cas où vous ne le saviez pas, la religion rend con et nie la pensée de l’autre.

C’est con, parce que justement, dans ce bouquin qu’ils suivent aveuglément, il y a un message de tolérance envers autrui, et que l’interprétation de ce texte par les gens est plus intéressant que le texte lui même (dans le positif comme dans le négatif), puisque ce texte date de je ne sais combien d’années et mérite d’être dépoussiéré.

Un truc qu’il faut savoir, et on en revient à une conversation sur le cinéma, c’est que lorsqu’on adapte un livre, ça ne sert à rien de l’adapter à la lettre. Tout simplement parce que ça ne ferait du réalisateur et du scénariste rien d’autres que des outils, et non des artistes. Un travail d’adaptation, c’est avant tout un artiste qui pose ses thèmes sur un canevas déjà existant, créant une oeuvre nouvelle, qui répond à sa vision du monde. Ainsi, quand on prend Blade Runner ou 2001: L’Odyssée de l’Espace, on a des adaptations qui apportent une valeur ajoutée au bouquin.

Pour la Bible, on a eu plusieurs exemples d’oeuvres telles, l’une d’elles est évidemment La Dernière Tentation du Christ, réalisé par Martin Scorsese qui parle des doutes qu’aurait eu Jésus avant de mourir. Le film avait fait scandale, alors que Scorsese est un fervent chrétien qui avant d’être cinéaste voulait être prêtre.

L’autre oeuvre que je vais citer est une bande dessinée dessinée par Robert Crumb et qui reprend la Genèse mot à mot, ajoutant à ces mots sa puissance de narration graphique. Crumb pour le coup n’est pas croyant, il est même très athée, mais produit un oeuvre fidèle au texte, intéressante, riche qui pourtant s’est faite critiquer parce qu’on y voit des gens baiser.

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Bref, vous l’aurez compris, adapter la Bible, ça peut donner des trucs géniaux, mais on se fait taper dessus.

Pourquoi je vous raconte tout ça?

Parce que récemment, Darren Aronofsky a réalisé Noé, sur le fameux épisode du déluge. Film que j’ai eu la chance de voir en projection de presse grâce à mon copain Bob qui m’y a invité.

Je vous vois déjà tirer la gueule. Ca ne m’étonne pas, s’il y a bien un truc que les pseudo intellos de gauche qui lisent les blogs culturels sur internet n’aiment pas, c’est les blockbusters. Ou à la limite, ils aiment les blockbusters pourris, qu’ils surnomment sur Twitter « les grands films malades » expression qui hors contexte ne veut rien dire. Puis si en plus de ça c’est une adaptation de la Bible, ça commence à critiquer la foi, les américains, etc. juste pour avoir fait son intéressant deux secondes.

Et le film m’a soufflé.

Vraiment.

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Je n’avais pas vu une histoire racontée avec autant d’ampleur et autant de couilles depuis bien longtemps (ça doit remonter à Scott Pilgrim, et avant ça, à Speed Racer).

Le parti pris est énorme, parce que justement le film est une adaptation relativement fidèle de la Genèse, et évite de tomber dans les extrêmes de la moquerie ou du prosélytisme. Ce premier degré fait plaisir à voir, parce qu’on voit un réalisateur qui croit en ce qu’il raconte, qui croit que ce qu’il raconte a de l’impact, et qui croit que les images qu’on voit sont la meilleure manière de nous montrer ce qu’il a dans la tête, dans les tripes.

Et ce qu’Aronofsky veut nous dire par ce film, ce n’est pas qu’il croit en Dieu, je ne crois pas qu’il soit chrétien, mais il nous parle de l’Homme, de libre arbitre, des choix qu’on prend, des raisons qui nous poussent à agir.

Le film fonctionne pour plusieurs raisons, mais celle qui m’a le plus bluffé, c’est le mélange des genres.

En effet, 15 minutes après le début du film, je me suis retourné vers mon pote Bob et lui ai soufflé « Mec, on dirait Mad Max 2 », et en effet, on a au début un film post apocalyptique. Ce qui est intéressant, parce que du coup, ça rend la porté du film plus grande: on ne sait pas vraiment si ça se passe dans le passé, ou dans notre futur, appuyant ainsi le côté écolo « préservons la planète » du film.
Puis ça passe en mode Seigneur des Anneaux, gros Heroic Fantasy bourrin.
Et une fois sur l’Arche, c’est le thriller psychologique qui prend le dessus, on est dans Shining, clairement. C’est ce qu’on s’est dit à la fin du film sans s’être consulté.

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Aronofsky maitrise ses références et réussit à créer un film cohérent en les utilisant à merveille, sans pour autant tomber dans le plagiat ou l’hommage gratuit. Non, ses références ont du sens. Rappellez vous d’ailleurs comme il s’inspirait du cinéma de De Palma dans Black Swan tout en nous offrant un film intime et original.

Un des autres éléments qui rend ce film génial, c’est Russell Crowe. C’est simple, pour moi, aucun autre acteur n’aurait pu rendre Noé crédible. Personne n’aurait pu dire ces mots sans paraître ridicule, mais là, Crowe est parfait en patriarche bourrin. Le reste du cast s’en sort très bien aussi, mais lui, c’est juste ENORME.

Le film est riche, beau, bien écrit, bien joué. Et malgré quelques soucis de rythme ou de dialogue, pour toutes les raisons que je viens de citer et beaucoup d’autres, j’ai vraiment pris mon pied et le reverrai au moins encore une fois au ciné.

C’est chiant de pas pouvoir trop vous en dire, mais il y a tellement de surprises que je ne veux rien vous gâcher.

Jugez par vous même, ça en vaut la peine.

On vit vraiment dans un monde fantastique, un monde où des gens filent de la thune à un artiste pour mettre en scène un film qui parle de ses convictions intimes, mais sur une échelle énorme. Si vous n’êtes pas d’accord avec ça, allez vous toucher sur les derniers films de Burton, vous méritez bien ça!

Poutous.