Hip Hop Family Tree de Ed Piskor

Y a quelques temps, j’ai découvert Ed Piskor. C’était dans les pages d’American Splendor, il y illustrait les derniers mots qu’écrirait Harvey Pekar avant de s’éteindre. Qui est Harvey Pekar? C’est un des fondateurs de la BD underground américaine telle qu’on la connaît, collaborant souvent avec le grand Robert Crumb, et se mettant en scène dans des situations de la vie quotidienne d’un mec raté en proie à ses peurs et ses névroses.

Mais revenons en à Ed Piskor. Je l’ai donc remarqué là, puis dans une autre BD qui parlait de la Beat Generation (Kerouac, Ginsberg, Burroughs etc.). Un truc dans son trait m’a frappé: il dessine dans le même style que celui des gens qui l’ont inspiré, mais y apporte sa touche. On retrouve un style qui s’inspire d’autres choses et en même temps réussit à se démarquer.

Mais là où le type m’a vraiment conquis, c’est avec Hip Hop Family Tree, donc.

Rien que l’idée du projet est complètement folle et m’a mis l’eau à la bouche. Une encyclopédie du rap de sa naissance à aujourd’hui, le tout raconté comme une histoire et en BD.

Evidemment, quand le premier volume est sorti, je l’ai choppé, et putain, je me suis pris une énorme claque.

Déjà, c’est hyper beau, ça a un côté cartoony et exploite à fond les possibilités du médium de la BD, et en plus de ça, le format est déroutant dans le sens où c’est vachement plus grand que la taille d’une BD classique, et un côté old school se dégage du tout.

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En commençant à le lire, je me rends compte que le type qui écrit ça sait vraiment de quoi il parle. On part de la préhistoire du rap, on voit le parcours de rappeurs devenus célèbres ou oubliés qui ont fondé le genre, c’est drôle, souvent touchant, toujours vrai, et surtout, ce volume ne rend en compte que les années allant de 1975 à 1981. Le deuxième lui va de 1981 à 1983, puisqu’entre temps, l’histoire de ce genre a pris en densité.

On passe d’anecdotes à anecdotes le tout étant lié comme une énorme oeuvre chorale, on entend les chansons dont ça parle en les lisant si on les connaît, ou sinon, on va les chercher sur internet pour les écouter, c’est hyper ludique, et on a cette impression que Piskor inscrit à merveille les petites histoires dans la grande.

Et dire que cet auteur est né en 1982… Son travail de recherche est absolument hallucinant, que ce soit dans le contenu de son bouquin où tout est méticuleusement rattaché à la réalité, ou dans le style de son dessin qui correspond vraiment au ton donné par les mots. Du putain de documentaire en BD.

Je ne sais pas quoi vous dire d’autre à part que bordel, vous devez le chopper si vous aimez la BD et/ou le Hip Hop, ça se lit et se relit avec un plaisir immense, et Fantagraphics prouve encore une fois qu’ils ne publient pas de la merde.

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