Sea Fog / Coréens dans la brume

Sea Fog est un film coréen.

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Je sais que beaucoup de gens de nos jours vantent les mérites du cinéma coréen, et je n’en fais pas partie. Je n’aime pas le systématisme de cette formule. Comme tout cinéma, ce dernier a ses bons films, mais aussi ses merdes.

La méthode que je préfère appliquer, c’est la politique des auteurs. S’il y a un auteur que j’aime, je m’assure de voir ses films.

Ainsi, lorsqu’on m’a proposé de voir un film nommé aux Oscars, produit et co-écrit par le grand Bong Joon-Ho (Memories of Murder, The Host, Mother, Snowpiercer) et réalisé et co-scénarisé par Sung Bo Shim, celui avec qui il a écrit Memories of Murder, j’ai sauté sur l’occasion.

Je ne savais absolument pas de quoi parlerait le film, j’ai fait exprès d’éviter tout spoiler possible, que ce soit sur le sujet, le déroulement de l’intrigue, ou encore l’ambiance.

Je m’installe dans la salle, au premier rang, parce que je n’aime pas voir des gens qui regardent un film, et le film démarre.

J’aime ce que je vois. un microcosme sur un bateau de pêche coréen, chacun attelé à sa tâche, tantôt on voit le navire tanguer, tantôt c’est la caméra qui le fait pour nous, mouvante, virevoltant d’une action à l’autre, montrant le quotidien de ces marins.

Petit à petit, nous apprenons que la crise économique menace l’avenir de ce navire plus encore que la pire des vagues. Il est voué à être vendu.

Afin de le sauvegarder, son capitaine décide de transporter à son bord des ressortissants Sino-Coréens de manière illégale.

Une fois les migrants à bord, l’ambiance change et on se retrouve dans un climat de paranoïa et d’abus de pouvoir avec en son centre Dong-sik, un jeune marin qui débute et qui commence à tisser un lien avec Hong-mae, une jeune femme qui voyage avec eux.

Dans sa structure, le film m’a pas mal rappellé le récent Noé réalisé par Aronofsky, avec un personnage qui au départ se veut sauveur mais bascule peu à peu dans le bon vieux thriller confiné en mode Shining.

Il y a quelques soucis de rythme dans le film qui trahissent le fait que c’est une première réalisation, quelques lenteurs qui ne servent finalement ni à faire avancer l’histoire, ni à vraiment caractériser les personnages. Le souci de rythme se retrouve aussi dans la deuxième partie du film lorsque que tout l’équipage devient trop fou, trop vite, comme si d’un coup, le réalisateur qui prenait son temps pour raconter son séjour tombe d’un coup dans l’hystérie et l’envie d’en arriver à son climax à toute vitesse.

Malgré ces lenteurs au début et cette frénésie sur la fin, le film reste souvent incarné et a une volonté de raconter quelque chose au delà de la photocopie de fait divers. Tout comme The Host, le film de genre (ici le survival) s’inscrit dans une triste réalité que vit la Corée et nous donne une lecture de celle ci par le biais de la fiction.

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Les personnages sont tous très clairement caractérisés et beaucoup de moments de grosse tension brillent par l’absence de musique qui nous met du coup face aux images et aux sons de la mort.

Mais au delà de cette efficacité et de la photographie vraiment belle du film, c’est surtout la relation entre les deux protagonistes qui m’a vraiment touché. Le fait que je sois tombé amoureux de l’actrice principale doit pas mal jouer, de sa première apparition à la dernière, Kim Ye-ri est sublimée par la caméra et chaque apparition qu’elle a à l’écran est d’une douceur folle. Et chaque interaction avec Dong-sik est filmée de manière à nous faire ressentir exactement ce qu’ils ressentent.

Je sais que je pourrais vous dire beaucoup plus sur le film, notamment sur son ambiance brumeuse et ce qu’elle apporte, sur son deuxième acte bien couillu où tout s’enchaîne sans nous laisser le temps de respirer ou sur ce qu’il a à dire sur la folie de l’Homme et son rapport à la mer, mais j’ai bien trop envie de vous laisser la surprise de découvrir tout ça par vous même.

En tout cas, malgré mes quelques réticences, j’irai voir le prochain film de ce réalisateur, pas parce que « j’aime les films coréens » comme le diraient certains amis poseurs, mais parce que le film qu’il a fait est bon et promet de belles choses à venir.

 

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