Repo Man, la BO Témoin du punk californien

Avant d’être le vivier de punk à chier qu’on connait aujourd’hui, la Californie était un pays où musicalement, il faisait beau vivre pour tout jeune punk dans le début/milieu des années 80, et c’est Alex Cox, un anglais, qui nous le rappelle avec le film Repo Man en 1984.

En effet, pour tourner ce film, le réalisateur décide de se concentrer sur Los Angeles et en plus d’offrir un film de science fiction complètement loufoque, barré et souvent très inspiré, il nous offre par le biais de son personnage principal un point de vue qui est celui d’un jeune punk contemporain campé par Emilio Estevez.

Mais je ne vais pas vous faire la critique du film, ça fait bien trop longtemps que je l’ai vu, et je ne suis pas là pour ça aujourd’hui.

Je suis là pour vous parler de la bande originale de ce film qui est une vraie petite merveille qui regroupe artistes connus et moins connus, propose des morceaux existants, des reprises ou des morceaux originaux, mais qui surtout, capture mieux que personne l’état d’esprit punk qui existait dans l’underground punk de Los Angeles.

Cette BO, je l’écoute fréquemment, elle me fait voyager dans le temps et me donne envie de bouger ma tête et parfois même de casser des trucs.

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Voici pour vous un aperçu de cette BO qui démonte sa mère et fout sa bite pleine de fureur dans chaque faille de la société bien ordonnée:

Iggy Pop – « Repo Man »

Le morceau démarre comme démarre une vieille caisse sur du gros béton. Dès les premières notes, l’ambiance est donnée, et lorsque la vois d’Iggy arrive et chante cette ode au nihilisme, on se retrouve happés dans l’ambiance du film et d’un Los Angeles qui malheureusement n’existe plus. La chanson est composée pour le film et en est le titre principal.

Black Flag – « TV Party »

Meilleure chanson du meilleur album du meilleur groupe de punk hardcore de l’univers, cette chanson est une réelle hymne chantée et criée par son charismatique et sauvage leader Henry Rollins. Grosse chanson satyrique (au même titre que « (You Gotta) Fight for Your Right (To Party!) » des Beastie Boys), elle dénonce les abus de cette génération perdue abrutie devant la TV et lui vouant un culte comme si la Tv était un Dieu. Donc lorsque le refrain est crié en choeur, il est bien évidemment parodique et symptomatique d’un certain était d’esprit propre à la Californie à l’époque et que le punk s’était donné comme mission de détruire/

Suicidal Tendencies – « Institutionalized »

Bon, celle là en théorie, j’ai pas trop besoin de vous la présenter, non? Je vais le faire quand même, au cas où. Institutionalized est le morceau le plus populaire de Suicidal Tendencies, groupe mythique de la scène punk hardcore amércain. La chanson suit Mike, un jeune dont on suit les conflits avec la société, ses parents, l’autorité, etc. Les paroles récités sur cette ligne de basse entêtante fonctionnent comme un mantra punk qui s’immisce dans l’esprit de son auditeur et suit les conflits auquel tout jeune de cette époque a pu connaître.

Circle Jerks – « Coup d’État »

Keith Morris en se barrant de Black Flag a fondé ce groupe et c’est plutôt bien, parce que du coup, autant Black Flag gagne en poésie punk underground avec l’arrivée de Rollins, autant la sauvagerieet le chaos festif des premiers temps se perd un peu. On le retrouve ainsi dans Circle Jerks, et ce morceau en est le témoin. Une vois presque gutturale crie ses paroles qui sont principalement composées des mots « Coup d’Etat », le tout porté par une batterie omniprésente qui retentit plus fort et plus violemment que tous les autres instruments, donnant à ce court morceau un rythme effréné.

The Plugz – « El Clavo y la Cruz »

Les Plugz sont le premier groupe à harmoniser la culture mexicaine/latino au punk. Le groupe a été fondé par Tito Larriva que vous connaissez sûrement en tant que fondateur aussi du groupe Tito & Tarantula qu’on peut entendre dans de nombreux films de Robert Rodriguez (After Dark pendant le strip-tease de Salma Hayek dans Une Nuit en Enfer, c’est eux). Bref, ce morceau hyper festif est sûrement le plus joyeux et le plus enjoué de toute cette BO, mêlant cris de fête en espagnol, des variations dans la vitesse de jeu et un chant en espagnol qui colle autant à l’univers punk qu’à l’univers mexicain qui était et est toujours omni-présent dans le Sud de la Californie.

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Burning Sensations – « Pablo Picasso »

Reprise d’un des meilleurs morceaux du groupe Modern Lovers, ce morceau est probablement celui que j’aime le moins sur cette BO puisque je trouve qu’elle ne change pas assez de l’originale pour y apporter quoi que ce soit, et ce qui change est moins bon. La voix trainante ici sonne trop faux et ajoute une couche cynique inutile au morceau original qui n’est pas du punk, mais presque et met en scène Pablo Picasso face à son succès avec les femmes.

Fear – « Let’s Have a War »

Un des premiers groupes de punk hardcore californiens, le son de Fear a inspiré beaucoup de ses congénères. C’est John Belushi qui les a fait connaître en demandant au Saturday Night Live de leur donner leur quart d’heure de gloire lors d’une prestation sur scène. « Let’s Have A War » est, comme le reste de leur discographie, dans l’offense et la provocation gratuite et beugle sur un rythme rappelant par moment Surfin’ Bird (cf. BO de Full Metal Jacket) qu’il faut aller en guerre contre l’économie de leur pays et ses entreprises qui sont finalement l’ennemi intérieur. Encore une fois, la chanson est vraiment cool et va avec la thématique du film qui montre une Amérique malade.

Circle Jerks – « When the Shit Hits the Fan »

Alors vous vous souvenez y a quelques lignes quand je vous parlais de la sauvagerie punk de Circle Jerks? Et bien là, le groupe fait tout le contraire et chante un de ses chansons sur un ton un peu lounge. D’ailleurs, cette chanson là, on la voit jouée dans le film par le groupe lui même. Le contraste entre le fond et la forme est frappant ici, et on voit une chanson aux paroles alarmistes parlant des abus de l’Amérique et son mode de consommation chantées de manière à plaire à la société bien pensante prête à avaler la moindre merde qu’on lui donne. Ca fonctionne.

The Plugz – « Hombre Secreto (Secret Agent Man) »

Ah, celle là, je l’ai écoutée en boucle! Pas si punk que ça, c’est surtout une reprise d’un générique de série à la sauce des Plugz. La musique accompagne très bien un autre des thèmes du film qui est celui des agents secrets et des personnes qui ne sont pas qui elles semblent être. Le côté action/aventure est ici mis en avant et le morceau donne la pêche!

Juicy Bananas – « Bad Man »

Un autre morceau dont je ne suis pas super fan et qui traine un peu en longueur, « Bad Man » parle du fait qu’un méchant garçon ne change pour personne.
C’est 5 minutes de paroles récitées sur une ligne de batterie relativement monotone parfois accompagnée d’autres instruments. Pas trop ma came, je ne saurais pas en parler.

The Plugz – « Reel Ten »

Les Plugz frappent encore et signent cette fois un morceau radicalement différent des deux autres figurant sur cette bande originale. La musique ici se fait lourde, trainante, sans paroles aucunes. C’est d’ailleurs le morceau qui ressemble le plus à une composition d’ambiance au sein de ce film brassant chansons punks sur chansons punks. J’aime l’écouter pendant que je marche dans la rue, que j’arpente le bitume, j’aime le ton qu’elle donne, un côté désespéré mais pourtant composé d’envolées lyriques à la guitare. Rien de mieux pour clôturer cette aventure visuelle et musicale.

Bon bah voilà, c’est fini les enfants, j’espère que vous avez réussi à me lire jusqu’au bout, que vous avez pris du plaisir à le faire et à aller chercher chaque morceau dont j’ai parlé pour vérifier si vous étiez d’accord ou pas avec moi, ou tout simplement pour faire du bien à vos oreilles.

La playlist en entier ça fait plaisir


Et moi qui voulait écrire un article court aujourd’hui, j’ai écrit mon plus long depuis que je bosse pour ce blog.

Ca m’a donné envie de revoir le film, tiens.

Matez le vous aussi, il est plutôt bien.

Des bisous d’amour.