La Ballade de Halo Jones

Quand j’étais au collège, je me demandais pourquoi c’était en cours d’histoire qu’on apprenait les tableaux et les sculptures. En grandissant, je me suis rendu compte à quel point le contexte était important lorsqu’on étudie une oeuvre d’art.

La Ballade de Halo Jones est une BD qui a été publiée entre 1984 et 1986 dans 2000 AD.

Il y a des chances pour que vous n’ayez jamais entendu parler de 2000 AD, mais c’est pas grave hein, je vais vous expliquer un peu ce que c’est.

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En gros, en 1977, un mec nommé Pat Mills a créé une revue hebdomadaire de bandes dessinées de Science Fiction appelée 2000AD. Jusque là, rien de bien original, si ce n’est le fait que la revue dure encore aujourd’hui et a donné naissance à tous les plus grands auteurs et dessinateurs de comics que l’on a aujourd’hui, en plus de nous avoir offert ce qui se fait de mieux en S-F (Judge Dredd a été créé au sein de ce magazine, d’ailleurs).

Alan Moore, Peter Milligan, Grant Morrison, Neil Gaiman, Warren Ellis, Garth Ennis, Jamie Hewlett, Dave Gibbons, Jock, Steve Dillon, Brendan McCarthy et plein d’autres grands de la BD ont fait leur débuts là bas.

Mais c’est surtout sur le premier nom de cette liste qu’on va se concentrer, puisque c’est lui qui a écrit la Ballade de Halo Jones, dessinée par Ian Gibson.

Alan Moore est connu et reconnu comme étant le meilleur auteur de comic book du monde. Et c’est à juste titre, avec des oeuvres comme Watchmen, V pour Vendetta, From Hell, Promethea, La Ligue des Gentlemen Extraordinaires et tant d’autres trucs, il écrit sur des sujets variés avec un esprit et une maîtrise rare (d’ailleurs, oubliez les adaptations de ses oeuvres au cinéma, c’est de la grosse merde).

Bref, arrêtons de tourner autour du pot et parlons en de cette putain de BD.

La BD parle donc de Halo Jones, une fille de 18 ans qui vit dans un ghetto du 50ème siècle avec ses trois colocs qui va sortir de son quartier pour aller faire des courses et va se retrouver dans un univers hostile peuplé de sectes bizarres, de grenades zen, de chiens mécaniques intelligents et de vaisseaux spatiaux.

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Commençant comme un truc trivial, la bande dessinée d’Alan Moore devient très vite épique quand Halo se retrouve à fuir sa réalité en s’engageant à bord d’un vaisseau de croisière puis plus tard embrigadée dans une guerre intergalactique.

Divisé en trois parties, l’histoire s’inspire autant de L’Attrape Coeur de Salinger que de La Guerre Eternelle de Haldeman ou de La Faune de l’Espace de Van Vogt.

Alan Moore connaît ses classiques et sait les réutiliser de manière à coller à une histoire qui pourtant est propre à lui.

On est parfois touchés, parfois amusés ou encore parfois attristés ou révoltés par ce qui arrive, mais on ne s’ennuie jamais.

En fait, le truc que fait Moore ici, c’est ce qu’on appelle dans le jargon du « character driven », terme anglais qui veut dire « guidé par le personnage ». En gros, ça consiste à faire avancer son histoire en fonction des besoins et des envies du personnage principal et non d’une intrigue extérieure.

Du coup, on se retrouve donc avec une bande dessinée de Science Fiction avec une femme en protagoniste qui prend des décisions qui vont influer sa vie et celle du monde qui l’entoure, ce qui encore aujourd’hui n’est pas le cas dans beaucoup de fictions.

Profondément mélancolique, parlant autant d’ennui que d’émerveillement ainsi que de passage à l’âge adulte, Alan Moore et Ian Gibson n’ont de cesse de se renouveler et de tenter des nouvelles choses dans la narration de page en page, faisant de cette oeuvre quelque chose d’habité d’une vision artistique qui résonne encore aujourd’hui dans sa forme comme son fond.

La BD existe en anglais et en français dans un volume regroupant l’intégrale des trois chapitres, et je vous conseille de vous ruer dessus si vous voulez découvrir le travail d’Alan Moore ou lire une BD de lui à côté de laquelle vous seriez passé.

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En attendant, il est 6:56 du matin, je vais dormir.

Des bisous.