Tyler Cross: Angola de Fabien Nury et Brüno

Tyler Cross, c’est pas un type super sympa, mais bordel, qu’est ce qu’il est cool!

9782205072853-couv

J’ai découvert le bonhomme il y a quatre jours à peine grâce au dernier opus de ses aventures. L’album est intitulé « Tyler Cross: Angola », et on peut le trouver un peu partout (mais je vous conseille de faire comme moi et de l’acheter dans la librairie La Planète Dessin vers Montparnasse, c’est nouveau, c’est beau, on s’y sent bien, et y a plein de choix!).

J’avais déjà vu la couverture du premier bouquin sur le type sans jamais l’avoir feuilleté, et j’ai commencé par le deuxième tout simplement parce que chaque histoire se suffit et que mon conseiller m’a dit que cette histoire ci, c’était la meilleure.

Bon, je vais arrêter de raconter ma vie un peu et rentrer dans le vif du sujet:

Oui, c’est excellent comme bande dessinée, vraiment.

Au niveau du genre, c’est noir, au même titre que certains films des années 30, 40, 50. D’ailleurs, ça se passe quelque part par là, chronologiquement parlant.     Au niveau de l’histoire, c’est assez basique: un type en prison, des types qui veulent lui faire la peau, et pas grand chose de plus.

Qu’est ce qui a retenu mon attention du coup?

Alors déjà, le dessin de Brüno qui est absolument magnifique, hyper expressif sans pour autant être réaliste, l’ombre et la lumière sont utilisés ici pour donner le ton, et l’absence de réalisme dans le trait est vite mis au service d’une narration basée sur du ressenti. Les décors absolument fabuleux nous plongent dans une Louisiane fantasmée et qui pourtant nous donne l’impression d’y être.

Tyler Cross

Le réalisme ici est ailleurs, dans les ressentis, dans la réalité corrompue des choses, dans les autres personnages peut être, mais pas dans celui de Cross qui est un archétype. Un personnage de cinéma. C’est un concept qui traverse l’oeuvre et sort presque inchangé alors que le monde autour de lui s’écroule, souvent par sa faute. C’est un personnage violent, taciturne, puissant, intelligent, en gros, c’est le prédateur absolu. C’est d’ailleurs pour cette même raison que ça ne m’a absolument pas dérangé de lire le deuxième tome avant le premier, puisque les motivations et la caractérisation du héros tape si fort dans l’inconscient collectif qu’il n y a aucun besoin de connaître son background.

J’ai toujours aimé le fait qu’une oeuvre française se passe ailleurs et reprenne des archétypes autres que franco-français tout en gardant notre langue. J’adore le contraste, et encore une fois, ça fait « cinéma » (d’ailleurs, c’est, je crois, la raison numéro une pour laquelle j’adorais SODA) (La BD, bande de nazes, Kev Adams peut aller manger ses morts!)

Mais attention, je parle de Tyler Cross comme si c’était un film ou un storyboard, mais il n’en est rien. Malgré son expérience en tant que scénariste au cinéma, Fabien Nury n’est pas étranger à l’écriture de BD, et maitrise sa narration et son découpage comme un chef, utilisant tous les outils à son service pour transcender le côté cinéma/film noir déjà vus dans plein de films.

Tyler Cross

Nous avons donc des dialogues savoureux, parfois super trash, parfois explicites, parfois basés sur des non dits, mais chacun d’entre eux fait mouche.

D’ailleurs, le savoir faire du scénariste est mis en avant dans les dernières pages de l’édition de luxe (en N&B, celle que j’ai chopée), quand ce dernier nous parle du danger de ne pas donner assez d’obstacles à un personnage, puisque c’est à ça qu’on reconnaît un protagoniste, au conflit qu’il vit. Nous donnant ainsi 8 pages en croquis de la fin alternative qu’il a fini par trouver trop facile.

Bref, je ne m’étendrai pas plus, sinon je vais avoir envie de vous spoiler.

Vous aimez la bagarre, la classe, les antihéros, les années 50, la BD, les dialogues bien foutus? Alors chopez vous Tyler Cross: Angola.

Sinon, c’est pas grave, on a le droit de ne pas être d’accord.

Poutous pour tout le monde!