Je suis chelou

Parfois, j’ai des orgasmes en public.

Souvent, même.

Je reste habillé. La plupart du temps, je ne bande même pas.

La particularité de ces orgasmes, c’est la manière dont ils se manifestent.

Ils sont cérébraux et peuvent venir de n’importe où à n’importe quel moment.

Je n’ai jamais pensé que j’étais quelqu’un de spécial, sauf peut être aux yeux de mes parents, du coup, je ne me suis jamais dit que je ressentais un truc que tous les autres humains du monde ne ressentaient pas.

Toute ma vie, j’ai pensé qu’absolument tous les gens du monde avaient des sortes de chocs électriques un peu comme des frissons dans le crâne quand ils entendaient un truc qui les touchait, ou qu’ils regardaient un film qu’ils adoraient, ou encore qu’une personne disait quelque chose qui leur parlait ou leur plaisait.

Un jour par exemple, j’étais dans la boutique où je travaillais à l’époque, et j’avais mis une playlist en mode random qui tournait. Au moment où un client me posait une question, la chanson Juicy de Biggie a démarré et j’ai ressenti cet orgasme dans ma tête, je me suis retrouvé paralysé, comme un con, pendant que le client me parlait.

Je parlais ainsi souvent de frissons dans la tête sans que personne me reprenne, jusqu’au jour où mon amie Amandine, une fille méga chouette, m’a demandé « tu parles souvent de frissons dans la tête, c’est quoi exactement? »

Je lui ai expliqué, et là, elle m’a dit avec une pointe de jalousie et beaucoup d’enthousiasme que ça s’appelle l’ASMR, c’est un truc que pas beaucoup de gens ont.

Pif, paf, pouf, tout ce que je pensais savoir volait en éclat, d’un coup, je n’étais plus juste un type, mais un type chelou.

Je ne vais pas rentrer dans les détails de ce qu’est l’ASMR, je ne sais même pas exactement, mais par contre, ça me fait me remettre en question.

J’ai toujours été dans l’emphase, depuis que je suis petit, et je comprends enfin pourquoi.

Si je dis après chaque film que j’adore et vois « c’est le meilleur film du monde », c’est parce que ça m’a littéralement donné un orgasme. Ce ressenti extrême me retire toute objectivité. Ca tue presque l’intellect.

Et ça me fait ça avec les gens aussi. Chaque personne que je connais et que j’aime, c’est pour la belle et simple raison qu’au moins une fois, ces personnes m’ont donné un orgasme cérébral.

Je ne pense pas une seconde que ça me rend spécial, mais ça me rend, malgré moi, dépendant de ça, constamment à la recherche de cette sensation.

Est ce que c’est pour ça que je me fous un peu trop de la stabilité? Je ne sais pas, mais ça doit être un élément de réponse.

Je développerai peut être tout ça un autre jour, parce que là, il y a Black Star de Radiohead qui tourne, et je sens les frissons arriver.

Je vous embrasse.